Ses parents l’emmenaient en poussette dans le parc à veaux à l’heure du pansage. Fille, petite-fille, arrière-petite-fille d’éleveurs sur les terres grasses du sud-Nivernais, Louanne Touillon baigne depuis toujours dans la passion familiale de la sélection. Une recherche de la perfection charolaise que l’étudiante au lycée agricole de Challuy entend prolonger à son tour, dans quelques années.
On l’avait découverte rayonnante et volubile, un jour de février 2025, au Salon international de l’agriculture de Paris, près de Sirène, imposante vache de 4 ans et 1,2 tonne récompensée quelques jours plus tôt d’un premier prix de section – l’équivalent du Goncourt pour les éleveurs. On retrouve Louanne Touillon, un samedi matin de février 2026, toujours aussi rayonnante, dans la ferme familiale du Grand-Saisy, à Decize, à côté de Trapon, un beau bébé de trois ans et une tonne et demie, lavé et lustré de frais pour le « shooting » photo du concours en version digitale qui remplace le « vrai » concours du salon, annulé en raison de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).
Levée à l’aube, la jeune fille de 19 ans ne rechigne pas aux tâches de l’exploitation tenue par ses parents Jean-Marc et Patricia. Au contraire, elle les attend avec impatience, durant sa semaine au lycée agricole de Challuy, où elle boucle son BTS ACSE (Analyse, Conduite et Stratégie de l’Entreprise agricole). « Des fois, je reviens aussi le mercredi après-midi », sourit-elle. Comme sa sœur aînée Anaïs et son frère cadet Alban, Louanne Touillon vit, pense – et panse – charolais depuis la naissance, ou presque : « On l’emmenait en poussette dans le parc à veaux quand on faisait le pansage. À 15 ans, elle a fait son premier vêlage », raconte son père, fier de voir que la ferme, où ses aïeux se sont installés en 1904, restera dans la famille une génération de plus.
Soudés, parents et enfants partagent un « métier passion », et la singularité de chercher, année après année, naissance après naissance, une forme de perfection animale, récompensée par les nombreuses plaques de concours qui ornent la maison : « Cela fait cent ans que la famille fait de la sélection. Je veux être dans la continuité. Les concours, ça me plaît. Grâce à eux, on connaît du monde dans toute la France. Et j’aime être avec les animaux. Je suis contente quand on arrive à la période des vêlages, j’aime voir les veaux courir. »
Le rythme de la vie d’éleveur, son quotidien depuis toujours, ne lui a jamais paru anachronique : « Je n’ai pas l’impression de rater ma jeunesse. J’ai toujours un but dans ma journée, c’est important. Et puis j’ai des loisirs, comme tout le monde, les matchs de rugby de l’USON, la chasse. » Aux côtés de ses parents, elle a exercé très tôt son œil à la détection des futurs champions de la race : « Chez nous, on aime les animaux charpentés, avec une bonne gueule, de gros naseaux, un bel œil expressif. »












