En renforçant l’attention portée aux Nivernais les plus fragiles via le Schéma départemental de l’autonomie 2026-2030, ou en faisant de la démocratie de l’engagement une véritable clef de voûte de son action, le Conseil départemental de la Nièvre a voulu redonner, lors de sa session plénière du lundi 22 juin, leurs lettres de noblesse à des concepts menacés en ces temps fiévreux : la fraternité, la bienveillance, la citoyenneté.
La canicule qui place la France, et une bonne partie de l’Europe de l’ouest, sous le souffle d’un gigantesque décapeur thermique depuis une semaine a fini par rattraper les conseillers départementaux réunis en session plénière, lundi après-midi, quand la climatisation de la salle François-Mitterrand a lâché au bout d’une heure de réunion. Dans le frou-frou de plus en plus frénétique des éventails et le ballet de la distribution d’eau fraîche, les propos liminaires du président Fabien Bazin sur la capitale « anticipation » face aux conséquences du dérèglement climatique faisaient un peu plus sens.
Un laboratoire des solidarités de proximité
« Ces températures exceptionnelles sont l’un des effets les plus visibles du réchauffement climatique. Elles nous rappellent que celui-ci n’est plus une hypothèse lointaine, mais une réalité concrète, tangible, qui affecte déjà nos conditions de vie, notre santé, nos infrastructures, notre agriculture et l’ensemble de nos politiques publiques », a rappelé le président. « Au-delà de l’urgence, cet épisode nous rappelle surtout combien l’anticipation est devenue nécessaire. Le réchauffement climatique, les tensions sur l’eau, le vieillissement de la population sont des transformations profondes. Elles s’annoncent progressivement, mais elles finissent par modifier en profondeur l’organisation de toute une société. Elles appellent des réponses nouvelles, construites avec tous dans le dialogue. »
Gouverner, c’est prévoir. Et donc projeter les politiques publiques sur une évolution au long cours. Le Schéma départemental de l’autonomie y invite naturellement, en bâtissant l’action sur plusieurs années. Jusqu’en 2030, pour le schéma voté à l’unanimité, comme un symbole d’une massive prise de conscience, par les conseillers départementaux. Prendre soin des plus fragiles, qu’ils soient jeunes, âgés, en situation de handicap fait déjà partie des priorités de la collectivité, qui a consacré 94 millions d’euros aux dépenses liées à l’autonomie, soit 40 % de son budget des solidarités et un quart de ses dépenses de fonctionnement.
Avec un tiers de sa population dépassant l’âge de 60 ans, la Nièvre a un temps d’avance sur la France en matière d’adaptation au vieillissement et devient, à son corps défendant, un laboratoire des solidarités de proximité à réinventer : « Comment permettre à chacun de vieillir selon ses choix ? Comment préserver l’autonomie le plus longtemps possible ? Comment accompagner les personnes en situation de handicap sans les assigner à une place prédéfinie ? Comment maintenir du lien social dans des territoires où les distances sont parfois importantes ? Comment soutenir les aidants, qui portent souvent dans l’ombre une part essentielle de l’accompagnement au quotidien ? », interroge Fabien Bazin. « C’est à ces questions que tente de répondre le Schéma départemental de l’autonomie 2026-2030. » Et de saluer le travail d’élaboration mené par Justine Guyot, vice-présidente en charge de l’autonomie, avec les services concernés et les multiples acteurs de terrain, associatifs notamment, présents dans le public lors de la session.
Une forme singulière de fraternité
De sa génétique rurale, la Nièvre a élaboré une forme singulière de fraternité qui éclaire l’accompagnement des plus fragiles, à domicile ou en établissement : « Grâce à la formidable capacité d’innovation des associations, des élus, des milliers de Nivernais conservent leur autonomie, et leur place dans la société », souligne le président. Le Département pousse les feux sous cette dynamique citoyenne, en suscitant par exemple des expérimentations avec six centres sociaux pour briser l’isolement qui ronge, à la campagne comme en ville (1).
Rendre les Nivernais encore plus acteurs des politiques publiques qui influent sur leur quotidien est précisément la ligne directrice du mandat, comme l’a rappelé à son tour Blandine Delaporte, première vice-présidente, lors de la présentation du second dossier lourd du jour, consacré à la démocratie de l’engagement : « Le taux de participation a été de 37 % lors des cantonales de 2021. Alors nous avons décidé que ce mandat serait celui du dialogue permanent avec les habitants. »
Après Imagine la Nièvre ! en 2022, Imagine la jeunesse de 2023 à 2025, les Débats de la Nièvre traduisent, cette année, l’infléchissement thématique de ce dialogue. Les deux premières étapes, consacrées aux femmes en mars et aux sapeurs-pompiers fin mai, ont confirmé l’attente forte d’écoute et d’action. Le débat « Être femme dans la Nièvre » a produit 59 propositions ; plusieurs mesures ont déjà été engagées : installation de distributeurs de protections périodiques dans les collèges (14 se sont portés volontaires), diffusion des violentomètres, développement du cercle de la santé des femmes, création du réseau Angela et écriture d’un plaidoyer national pour contribuer activement à l’évolution des politiques publiques en faveur de l’égalité et de la protection des droits des femmes.
Faire confiance à l’intelligence collective
« Ici, on décide ensemble, on agit ensemble », insiste la vice-présidente en charge du dialogue avec les habitants. « Nous créons ainsi des passerelles, nous favorisons les coopérations et nous faisons émerger des dynamiques nouvelles. Dans un département rural comme le nôtre, cette capacité à faire se rencontrer les acteurs, à croiser les regards et à construire ensemble est essentielle. Parce qu’au fond, la démocratie de l’engagement, ce n’est pas simplement consulter ou recueillir des idées. C’est faire vivre concrètement la participation citoyenne. C’est créer du lien. C’est faire confiance à l’intelligence collective. C’est permettre à chacun de prendre sa part et de contribuer, à son niveau, aux réponses que nous devons apporter aux défis de notre temps. »
1. Les centres sociaux de Fours, Donzy, Pouilly-sur-Loire, La Machine, Saint-Saulge et La Baratte (Nevers).


















