La résidence Les Loges, à Nevers, est son port d’attache. Il y a réparé son moral en cale sèche, remis son parcours professionnel à flot, maîtrisé la recette des « pâtes carbo », et mûri ses rêves d’ailleurs. Après la tempête, et avant le voyage, Mathis Beugnon a trouvé la paix dans ce collectif respectueux et bienveillant.
Ses jours et ses nuits sont bien réglés : boulot de 21 heures à 5 heures chez Alfa-Laval, dodo de 6 heures à 13 heures, et les copains, les courses et le reste dans le dernier tiers-temps. À 20 ans, Mathis Beugnon a trouvé son rythme dans la résidence Les Loges. Retrouvé ses marques, surtout, après des soucis familiaux qui ont fait dérailler son adolescence : « J’étais en 2nde Maintenance des équipements industriels au Centre scolaire Notre-Dame. J’ai toujours été intéressé par les usines, les machines. Ça se passait bien, et puis j’ai été déscolarisé pendant un an, et j’ai repris au lycée Jules-Renard, avec la Mission de lutte contre le décrochage. C’était compliqué de reprendre. À 18 ans, je suis venu vivre à la résidence Les Loges. Je voulais rester sur Nevers, car j’y ai tous mes amis, et je ne pouvais pas rester dans ma famille. »
« Au début, j’ai mis du temps à m’adapter à la vie ici, tout seul »
Confié à l’Aide sociale à l’enfance, Mathis Beugnon bénéficie d’un contrat Jeune majeur du Département, jusqu’à ses 21 ans. La résidence est un havre dans lequel il a repris pied : « J’ai fait un stage au Technicentre SNCF, puis j’ai suivi une formation de chaudronnier-soudeur au Pôle Formation 58-89 (CFA de l’industrie). Au début, j’ai mis du temps à m’adapter à la vie ici, tout seul. Il y a une salle d’animation, des petits événements, mais je suis plus dans mon coin. Cela fait plus de deux ans que je suis ici, je me suis installé. Il fallait que je trouve mon endroit, un lieu où je vive sans la boule au ventre. Après le boulot, je rentre, je me repose. Je suis tranquille, et les gens sont assez respectueux. Je me fais ma cuisine. Je ne suis pas un gros mangeur, je fais des « pâtes carbo », je ne diversifie pas trop », sourit-il.
En intérim, le jeune ouvrier économise pour s’acheter une voiture : « Je vais chez Alfa Laval à vélo. Ça me prend quinze minutes. J’ai passé le permis dès que j’ai terminé ma formation. » Son objectif, son rêve même, est de partir travailler en Suisse : « Il y a beaucoup d’offres, mais ils demandent de l’expérience. Alors j’en accumule. C’est l’avantage de l’intérim, on peut bouger, on n’est pas bloqué. Cet été, j’ai l’intention d’aller chez Aperam, pendant un an, pour avoir davantage de bagage. Je veux m’améliorer en soudure. Mes copains partent à droite, à gauche, moi j’aimerais bien faire une bonne partie de ma vie là-bas. » Une façon de mettre à distance un passé que ses amis, sa copine, et sans doute le cadre apaisé des Loges l’ont aidé à digérer : « Je me suis toujours dit qu’il y a pire que soi. Alors autant aller de l’avant. »







