Mercredi 10 juin, à 17 h 30, au Centre des Archives départementales de la Nièvre, Anne Quennedey a donné une conférence, issue de sa thèse : « L’éloquence de Saint-Just », en partenariat avec la Société académique du Nivernais. Elle consacre depuis plus de vingt ans ses recherches à Louis Antoine Léon de Saint-Just, révolutionnaire à l’éloquence remarquée et aux idées en faveur d’une organisation sociale égalitaire.
Un révolutionnaire devenu orateur
Pour mieux comprendre l’éloquence de Saint-Just, Anne Quennedey a dressé la biographie du révolutionnaire et de l’homme engagé qui a fortement impacté l’histoire de l’époque. Né à Decize, Saint-Just quitte la Nièvre à l’âge de neuf ans pour rejoindre l’Aisne. Avant de devenir député de l’Aisne en 1792 à seulement 25 ans, il s’essaie à l’écriture avec plusieurs œuvres, dont L’Arlequin-Diogène, une comédie qui reste un des rares écrits non détruits du révolutionnaire, que les Archives départementales de la Nièvre ont la chance de conserver depuis 2014 et de proposer à la consultation. Politiquement, Saint-Just était un chef jacobin radical et le plus proche allié de Maximilien Robespierre. Il est le plus souvent associé au règne de la Terreur et fut surnommé » l’archange de la Terreur » pour sa participation à celle-ci.
Au cœur d’une période révolutionnaire particulièrement mouvementée, il s’impose rapidement comme une figure majeure de la Convention nationale. Il participe à la rédaction de la Constitution de l’An I et produit de nombreux rapports sur des sujets aussi variés que les questions militaires, l’approvisionnement des armées, les difficultés économiques ou encore les mesures sociales.
Les caractéristiques de son éloquence
L’éloquence de Saint-Just ne se limite pas aux formules célèbres qui ont traversé les siècles. Certes, il affectionne les sentences percutantes, comme sa célèbre déclaration : « Tout roi est un rebelle et un usurpateur ». Mais son style se distingue également par sa concision et sa recherche d’efficacité. Influencé par les auteurs classiques et les traités de rhétorique, il privilégie des phrases courtes, des images fortes et des démonstrations rigoureuses. Il évite l’abondance oratoire et recherche la clarté du message. Ses quelque trente discours abordent des thèmes très divers, témoignant d’une éloquence adaptée aux circonstances plutôt que d’un style uniforme.
Comment son éloquence a-t-elle été perçue ?
Une partie importante des recherches d’Anne Quennedey porte sur la réception de l’éloquence de Saint-Just. Les témoignages et représentations ont largement contribué à construire son image après sa mort. Au XIXe siècle, l’auteur Jules Michelet ou Lamartine, grand poète, dressent, chacun dans leur style, le portrait d’un homme froid, rigide et inflexible. Michelet va jusqu’à le présenter comme un orateur inquiétant, tandis que d’autres contribuent à forger la figure légendaire de « l’archange de la mort ». Ces représentations, parfois éloignées de la réalité historique, presque imaginaires, ont durablement marqué la mémoire collective.
L’étude des discours montre pourtant un orateur plus nuancé, capable d’aborder aussi bien les questions constitutionnelles que les enjeux sociaux, économiques, les préoccupations du peuple, ou les idéologies militaires. Son éloquence apparaît ainsi comme l’une des plus singulières de la Révolution française.
C’est un travail de recherche minutieux et de longue haleine qu’Anne Quennedey a mené en s’appuyant sur les rares manuscrits conservés, les textes imprimés, l’iconographie disponible et les traités de rhétorique de l’époque, Une conférence passionnante qui permet de mieux comprendre l’art oratoire de celui qui demeure l’une des figures les plus marquantes de la Révolution française.






















