Arrivé à Nevers à 3 ans, quand son père sud-africain a été l’une des premières stars du Top 14 à rejoindre l’USON Nevers Rugby, Johan Wasserman est un pur produit de l’école de rugby neversoise, dans laquelle il a mûri très tôt son aspiration à devenir professionnel. Un rêve exaucé par le joueur de 21 ans, à jamais le premier international dans l’histoire du club, chez les moins de 18 et 20 ans. Également brillant en rugby à 7, il est devenu champion d’Europe, avec les Bleus, cet été en Croatie, décrochant au passage le titre de meilleur joueur du tournoi. De quoi renforcer ses ambitions, teintées d’humilité, de Top 14 et d’équipe de France.
Ses appuis électriques et sa vitesse ont éclaté au grand jour lors de la finale de l’In Extenso Supersevens, début février à Paris. Invité à jouer avec les prestigieux Barbarians dans ce tournoi de rugby à 7 où s’affrontent les meilleures équipes françaises, Johan Wasserman a marqué plusieurs de ces essais de classe qui font déjà le bonheur de l’USON Nevers Rugby, son club de presque toujours. Le blond ailier est arrivé dans la Nièvre à trois ans, en 2012 et en famille, quand son père, rugbyman professionnel sud-africain, a quitté le Top 14 et Montpellier pour le club alors en Fédérale 1 et lancé sur l’orbite de la Pro D2 par le président Régis Dumange.
Dans la famille Wasserman, on s’appelle Johan de père en fils. Les supporters de l’USON et les connaisseurs du rugby se sont habitués à cette troublante homonymie : « Cela me rend fier de porter son prénom. C’est à moi d’écrire ma propre histoire. » Contrairement à son père, grand et costaud troisième-ligne, Johan Wasserman « junior » a toujours été « le plus petit », placé à l’aile de l’attaque, où sa « vitesse naturelle » fait des ravages depuis l’école de rugby. « C’est dans mes gènes sud-africains », sourit-il fièrement.
« Un de mes plus grands rêves, ce serait de jouer contre l’Afrique du Sud, avec l’équipe de France »
Connu – et redouté – pour la rugosité de ses joueurs, le rugby sud-africain a laissé un autre héritage dans l’ADN du jeune ailier, que ses dix-huit ans de vie en France n’ont pas effacé : « Même si je joue trois-quarts, j’aime bien le « chocolat », les plaquages, les rucks. Ça fait aussi partie de la culture sud-africaine », précise-t-il avec un sourire gourmand. Son père, qui l’a entraîné à Nevers dans les catégories U14 à U18, n’est sans doute pas étranger à ce goût pour les tâches des avants : « C’était plutôt cool d’avoir mon père comme entraîneur. Il était exigeant. C’est ce qui m’a réussi le plus. »
Avoir son père pour héros et modèle n’a pourtant pas conditionné son choix sportif, qu’il considère comme une évidence, un atavisme : « J’ai toujours voulu faire du rugby, mes parents ne m’ont jamais forcé. Je me suis toujours vu être professionnel, et j’ai travaillé pour le devenir. » Sans perdre de vue l’après-carrière, qu’il prépare déjà au Campus connecté de Nevers, où il a bouclé sa 3e année de licence STAPS : « Plus tard, j’aimerais être entraîneur sportif, ou coach. Il faut toujours avoir quelque chose à côté du rugby, une carrière peut être très courte. ».
Intégré au groupe pro neversois à 17 ans, Johan Wasserman n’en est jamais sorti, et compte déjà 20 matchs en Pro D2. Il est également le premier joueur formé à Nevers à avoir évolué en équipe de France, en moins de 18 et 20 ans. De quoi viser plus grand, jouer en Top 14, et avec les Bleus. Le Graal pour le natif de Pretoria à la double nationalité : « Un de mes plus grands rêves, ce serait de jouer contre l’Afrique du Sud, avec l’équipe de France. »
Ambitieux mais humble, l’ailier est conscient de ses points d’amélioration pour aller plus haut, à Nevers ou ailleurs : « La lecture du jeu, quoi faire au bon moment, c’est un gros point à travailler pour moi. Et je dois faire un gros focus sur le jeu aérien ; comme tous les ailiers du club, on fait de l’entraînement spécifique dans ce domaine. Quant à la vitesse, je la travaille tout le temps. Mon record est à 37 km/h, je suis dans la fourchette haute des ailiers. » À l’instar de sa culture, ses sources d’inspiration sont doubles, le Sud-Africain Cheslin Kolbe et le Français Louis Bielle-Biarrey, deux des meilleurs ailiers du monde – deux des plus rapides, aussi.
« Voir Nevers en Top 14, ce n’est pas une utopie »
En contrat avec Nevers jusqu’en 2027 (plus deux ans en option), Johan Wasserman ne veut pas brûler les étapes : « J’ai eu plusieurs propositions mais je tenais à signer mon premier contrat pro avec Nevers. C’est un très bon club tremplin, un club formateur, et ça ne sert à rien d’aller dans un grand club pour l’instant. À court terme, mon objectif, c’est d’être le premier choix à mon poste à Nevers. L’ambition finale, c’est l’équipe de France, et le Top 14. J’aimerais bien aller dans le Sud-Ouest ; par exemple, j’aime bien Bayonne, la ville, l’histoire, le stade. »
Les deux saisons compliquées que vient de vivre l’USON n’empêchent pas Johan Wasserman de voir grand avec Nevers : « Le club construit un nouveau centre de la performance, une quatrième tribune pour le stade (qui portera la capacité du Pré-Fleuri de 7 500 à 10 000 places, NDLR). On peut être un taulier de Pro D2, accrocher à nouveau les phases finales, et viser le Top 14. Voir Nevers en Top 14, ce n’est pas une utopie. »
Installé dans un village du Cher, à quelques kilomètres de Nevers et du Pré-Fleuri, le jeune homme savoure son quotidien hors normes de sportif pro : « J’adore la vie à la campagne. Je fais beaucoup de golf, avec Shaun Reynolds (l’ouvreur sud-africain de l’USON). C’est important de sortir un peu du rugby. Il y a plusieurs cultures dans le club, avec des joueurs de différentes nationalités. Ce mélange, c’est un grand point positif du rugby. »







