Au titre de l’Aide sociale à l’enfance, un millier de jeunes, de 0 à 21 ans, sont confiés au Conseil départemental. Une mission primordiale, ultra-sensible, à laquelle Kathleen Herlemann apporte son expertise et son empathie de médecin référent. Également en charge du Centre gratuit d’information de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles (CEGIDD), la jeune femme salariée du Conseil départemental a trouvé dans la Nièvre matière à exaucer son engagement : soigner les plus fragiles, les plus exposés au danger, quel qu’il soit.
Au rez-de-chaussée du site Lamartine, propriété du Conseil départemental, dans le quartier du Banlay, deux salles d’attente mènent au bureau du Dr Kathleen Herlemann. L’une pour les jeunes confiés à l’Aide sociale à l’enfance, l’autre pour les visiteurs du Centre gratuit d’information de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles (CEGIDD). Deux salles, deux publics, deux communications visuelles différentes, mais une préoccupation commune pour le médecin de 36 ans : soigner les plus fragiles, les plus exposés au danger, quel qu’il soit.
La double mission fait sens pour la jeune femme qui se rêvait déjà médecin généraliste à son entrée au collège, dans son Oise natale : « Ma mère était secrétaire médicale. J’avais cette vision du médecin de campagne. » Après trois années d’études de sage-femme, Kathleen Herlemann renoue sa vocation d’enfance et s’attaque au cursus de médecine, à Nancy puis à Dijon : « Lors de mon internat, j’ai fait tous mes stages dans la Nièvre, et j’ai décidé d’y rester. J’ai appris qu’il n’y avait plus de médecin référent pour la protection de l’enfance au Département, et c’est comme ça que j’y suis entrée. Je ne me sentais pas être médecin généraliste, j’ai deux jeunes enfants, alors j’ai choisi d’être salariée. »
Réhabiliter les corps et les esprits abîmés
Son travail n’est pas de tout repos pour autant : « Je suis médecin référent de tous les enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance, de 0 à 21 ans. Je les vois dans les trois premiers mois de leur arrivée à l’ASE pour un examen physique et psychologique, puis ils ont une consultation par an. Officiellement, je ne suis pas leur médecin traitant. Je coordonne les soins avec les autres structures, et je suis aussi sollicitée pour trouver des spécialistes ou des professionnels du secteur paramédical », énumère-t-elle.
Si l’on ajoute les évaluations pour la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP), les avis à donner pour les adoptions, le suivi des mineurs non accompagnés, les 60 % théoriques dévolus à la protection de l’enfance – les 40 % restants sont pour le CEGIDD – explosent : « Idéalement, il faudrait un médecin pour chaque poste. Heureusement, j’ai une infirmière qui m’épaule pour le CEGIDD, et qui pourra bientôt prescrire à ma place. »
Au chevet des enfants confiés à l’ASE, face à l’océan de leurs tourments, le Dr Herlemann rêve tout haut de moyens adaptés pour réhabiliter des corps et des esprits abîmés : « Il faudrait qu’on soit une équipe, comme une petite clinique spécialisée de l’ASE, avec des psychologues, des médecins, des orthophonistes, etc. Ne pas être sur du préventif mais être traitant. On dit qu’on peut réussir à réhabiliter sur les deux premières années, avec des thérapies comportementales, de l’orthophonie. »











