Arrivé à la direction du collège Les Loges à Nevers en 2022, Baptiste Voisin a fait de la végétalisation de l’immense cour bitumée sa priorité. Une façon d’effacer une « injustice » pour un établissement classé REP (réseau d’éducation prioritaire) où de nombreux élèves vivent déjà des difficultés sociales. Apporter de la douceur, reconstruire la confiance, miser sur la bienveillance, sans angélisme : telle est la philosophie de l’ancien prof de lettres heureux dans sa tour de Babel aux 30 nationalités.
En ce début de vacances, le calme règne sur la ruche du collège Les Loges, à Nevers. L’occasion pour Baptiste Voisin de se poser un peu dans son bureau de principal, qu’il occupe rarement en temps normal. Avec ses 400 élèves, l’établissement fait partie des « gros » collèges de la Nièvre et laisse peu de place à l’ennui.
À 50 ans, le « patron » des Loges n’affiche ni cernes ni usure ; au contraire, il dépeint avec énergie et affection un collège où il a posé ses valises en 2022 : « Il y a l’UPEAA (Unité pédagogique pour élèves allophones nouvellement arrivés), avec des parcours impressionnants, une classe très riche, des élèves en situation de handicap, une classe de l’IME de Marzy.
On a plus de 30 nationalités, plus de 100 élèves étrangers. Tout le monde s’entend bien, il n’y a pas de problème éthnique. Le collège est classé REP (Réseau d’éducation prioritaire) mais pour des indicateurs sociaux, pas pour des questions d’insécurité : plus de 50 % de nos élèves sont boursiers. Le seul regret, c’est qu’on manque de ruralité dans le profil de nos élèves. »
« Cette cour, c’était un parking de supermarché »
Sa découverte de l’immense cour bitumée, à son arrivée, a été un choc : « J’ai vu cette absence de verdure comme une injustice. Cette cour, c’était un parking de supermarché. Cela engendrait du désœuvrement, des bagarres. La végétaliser a été une priorité pour moi. »
Ne pas être un « simple » chef d’une communauté éducative est une approche naturelle pour le Berruyer qui n’est pourtant pas tombé tout petit dans la marmite de l’enseignement : « J’ai été animateur, surveillant, et prof parce que je faisais des études de lettres », sourit-il. La vocation, tardive, est néanmoins solidement enracinée. Après avoir enseigné le français pendant quinze ans au collège de La Guerche, Baptiste Voisin se lance dans la formation académique et
décide de passer le concours de personnel de direction : « J’ai été principal adjoint pendant deux ans dans un collège REP + à Bourges, où j’ai été très intéressé par le travail avec des élèves et des familles en situation difficile. Puis j’ai été principal au collège d’Avord, avec un public différent. »
« J’ai vu à quel point les années de collège pouvaient être destructrices pour des élèves »
Convaincu que le métier de principal est « un métier utile », il l’est encore plus après avoir été proviseur adjoint au lycée professionnel Pierre-Bérégovoy, à Nevers, pendant deux ans : « J’ai vu à quel point les années de collège pouvaient être destructrices pour des élèves. On peut reconstruire la confiance en eux. » C’est ce qu’il s’attache à faire aux Loges, établissement voisin du lycée professionnel. En prenant le projet de végétalisation comme fédérateur de tout l’établissement – élèves, enseignants, agents : « Je voulais que tout le monde soit fier de son collège. » Un lieu de travail mais aussi de vie : « Ce sont des enfants avant d’être des élèves. Ils sont là de 8 heures à 17 heures, ils ne peuvent pas travailler tout le temps, il faut que l’établissement leur ouvre d’autres possibilités. »












