Un long grésillement, et à 2 000 kilomètres au-dessus des têtes d’enfants et d’adultes unies dans l’émotion, la voix de Sophie Adenot résonne dans le gymnase d’Imphy, lundi 8 juin à 15 h 31. La liaison avec l’ISS restera un instant suspendu, inoubliable, pour les élèves du collège Louis-Aragon qui ont pu poser presque toutes leurs questions à l’astronaute nivernaise, pendant dix minutes captivantes. Une expérience sans doute unique dans leur vie, et peut-être décisive pour leur orientation, qu’ils ont vécue grâce à la mobilisation de leur principale, des enseignants, des radio-amateurs, et au soutien du Conseil départemental via le programme Collège de demain.
Ses yeux brillent, ses joues sont rosies par l’émotion. Après un gros câlin avec sa maman, Alyxe est encore quelque part entre ciel et terre, après la liaison avec Sophie Adenot, l’astronaute nivernaise à bord de l’ISS, la station spatiale internationale. Troisième sur la liste de 22 élèves, la collégienne de 6e a pu poser sa question : « Avez-vous eu du mal à vous adapter à l’apesanteur ? » Et écouter la réponse, captée par les membres de l’Association des radio-amateurs de la Nièvre et sortant des enceintes, dans le gymnase d’Imphy où l’on entend soudain les mouches, et l’ISS, voler.
« J’étais très stressée avant que ça commence, j’avais peur de bégayer, peur qu’elle ne me réponde pas. J’avais peur de tout », confie la fillette. « C’est peut-être la première et la dernière fois qu’on le fait de notre vie. Quand je l’ai entendue, j’ai ressenti de la joie, et du câlin (sic). Ça m’a apaisée. » Apothéose du projet « À cœur vaillant rien d’impossible – D’Imphy à l’espace, il n’y a qu’un pas » initié par la principale Angélique Mélaine, aussi tendue puis bouleversée que ses élèves, la liaison avec l’ISS a réuni des dizaines de parents, la communauté éducative et les partenaires, sagement assis sur les chaises déployées dans le gymnase face au podium bardé de machines et de câbles.
Sur la chaise, une affichette « réservée aux intervieweurs d’astronautes »
Tout a été installé et testé la veille par les radio-amateurs et leur président, Didier Bruriaud, montés sur le toit du gymnase pour poser l’antenne spéciale. Et qui racontent après-coup, pas peu fiers de leur performance, comment ils l’ont fait tourner à la main, « à l’ancienne », lâchés par la technologie, pour suivre le signal de l’ISS dans la fenêtre de connexion, ces dix minutes durant lesquelles la station est passée au-dessus de la Nièvre, déboulant à 27 000 km/h. À 2 000 km de là, puis 428 km à l’aplomb d’Imphy, avant de repartir à 2 000 km, et au-delà. La distance maximale pour tenir le signal.
H moins dix minutes. Dans leur polo blanc aux couleurs de l’événement, les élèves quittent les premiers rangs, et leur chaise scotchée d’une affichette « réservée aux intervieweurs d’astronautes » et montent sur le podium, serrés les uns contre les autres, ne sachant que faire de leurs bras, sérieux, nerveux. Angélique Mélaine vient les rejoindre pour taper dans la main de chacun, avec un sourire d’encouragement, tandis que Didier Bruriaud fait passer le temps en soliloquant au micro. Les secondes du compte à rebours s’écoulent au ralenti, jusqu’à l’heure prévue, 15 h 31.
« Bienvenue à Imphy »
15 h 30. Le radio-amateur tente d’établir la connexion, avec les indicatifs radio : « Oscar Radio 4 India Sierra Sierra. Ici Fox 5 Kilo Charlie Hotel. Est-ce que vous me recevez ? » Un grésillement continu lui répond. Une fois, deux, fois, trois fois. La tension monte. Une voix féminine se mêle au bruit métallique, d’abord indistincte, puis elle s’amplifie, s’éclaircit : « Je vous reçois 4 sur 5. » C’est Sophie Adenot. Applaudissements spontanés, vite ravalés pour laisser place au silence. « Bienvenue à Imphy », lance Didier Bruriaud. Un sentiment d’irréalité flotte sous le toit pentu du gymnase municipal.
« Bonjour Sophie, c’est Adèle. Qu’avez-vous ressenti quand la fusée a décollé ? Over. » En raison d’une panne de la caméra de l’ISS, la liaison se passe sans images, mais sans perdre d’intensité, dans ce dialogue entre Sophie Adenot et les collégiens qui se succèdent au micro, l’interrogent sur son entraînement avant la mission, son rêve exaucé de petite fille, la musique et les objets qu’elle a apportés avec elle, le sport. Les réponses sont fraîches, joyeuses, naturelles : « N’hésitez pas à avoir des rêves. Ils peuvent se réaliser, même si on a grandi à la campagne », invite l’astronaute, qui a passé sa jeunesse dans la Nièvre, où vivent encore ses parents, près d’Imphy.
Dix minutes passent, à la vitesse du son. La liaison se coupe avant les six dernières questions. « C’est important que vous vous souveniez de sa générosité », insiste Angélique Mélaine au micro, pour essayer de consoler aussi les élèves privés du dialogue. « C’est pour ça que certaines de ses réponses étaient longues. »
« J’aimerais bien être astronaute et infirmière »
Présente dans le public, aux côtés de ses collègues élus Justine Guyot et Frédéric Roy, Joëlle Julien s’adresse à son tour aux élèves : « Nous venons de vivre un moment exceptionnel. Vous faites partie de l’histoire de la mission Epsilon. Quand vous serez adulte, vous pourrez dire à vos enfants « j’y étais, j’ai parlé à Sophie Adenot ». »
Rayonnante, Alyxe confie : « J’aimerais bien être astronaute et infirmière. Sophie Adenot est un exemple, elle m’a donné encore plus envie d’y arriver. Je suis sa mission tous les jours. J’aimerais bien qu’elle vienne au collège, un jour. C’était émouvant. Je suis contente, heureuse. »


























