De la réflexion à l’action, du diagnostic à la réponse, les 1ères Rencontres des métiers du lien et du soin, organisées par le Conseil départemental, ont réuni 150 professionnels, jeudi 7 mai à Corbigny. Une approche originale, concrète, d’un secteur sanitaire et social de plus en plus exposé à la souffrance au travail, à la perte de sens et au reflux de l’attractivité. Une conférence et des échanges en matinée, un repas en commun pour cimenter le groupe, et des ateliers bien-être (yoga du rire, gestion des émotions, micro-massage, etc.) l’après-midi : la formule a été appréciée et pose les fondations d’une École des métiers du lien et du soin, immatérielle mais bien réelle, pour créer des ponts entre les disciplines, et partager la charge pour mieux l’alléger.
Les hirondelles zèbrent l’air en pépiant jusqu’à leur nid accroché sous les hautes fenêtres de l’abbaye de Corbigny d’où tombent les éclats spectaculaires de l’atelier yoga du rire sur l’initiation au micro-massage. Sur l’herbe au parfum chaud de soleil, sous les arbres, ou dans une des innombrables salles de l’immense édifice, les participants des 1ères Rencontres des métiers du lien et du soin testent les ateliers bien-être destinés. Gestion des émotions, respiration, libération, etc. : chacun a pu piocher à sa guise, tout l’après-midi, dans diverses méthodes pour panser les corps, et les âmes.
Repenser son métier, s’accorder un pas de côté, un temps de réflexion, telle était l’invitation adressée aux professionnels nivernais du lien et du soin par le Conseil départemental, en tant que chef de file de l’action sociale. Orchestrée par la direction du Développement social local, la journée a rassemblé 150 professionnels de 53 structures – travailleurs sociaux, salariés de maisons de retraite, aides à domicile, assistants familiaux, etc. Un succès qui confirme les attentes, et les besoins, d’un secteur fragilisé, comme l’a rappelé en préambule Fabien Bazin, président du Conseil départemental : « Le sujet qui nous rassemble est important. C’est celui de l’épuisement, celui de la difficulté à donner du sens aux métiers qui ont le plus de sens, qui consistent à aider, à être humain. Le rapport à l’autre se dégrade, il devient de plus en plus complexe, le burn-out se multiplie, et s’ajoute la question du recrutement : ces métiers n’attirent plus, la relation au travail change. Le Conseil départemental se doit d’être au rendez-vous. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Il y a des solutions à inventer, comme une nouvelle forme d’engagement, de solidarité, de nos concitoyens. Nous pouvons également mieux nous organiser, mutualiser nos moyens. C’est pour cela que nous avons décidé de construire une École des métiers du lien et du soin, qui pourra par exemple faire dialoguer une aide à domicile et un chirurgien, des métiers qui ne se parlent jamais. »
Les rencontres entre les Sites d’action médico-sociale (SAMS) et les centres sociaux, organisées sur tout le département il y a quelques mois, préfigurent ces partenariats renforcés entre professionnels, que la crise sanitaire du Covid a souvent détériorés, et qui peuvent contribuer à faciliter le travail de terrain. La conférence-débat de Philippe Fabry, formateur en travail social et docteur en sciences de l’éducation et de la formation, a mis des chiffres et des mots sur le mal-être envahissant le secteur social, et qui aboutit, en 2023, à « un turnover de 24 % dans le travail social », et à « un absentéisme de 12 %, trois fois supérieur à la moyenne nationale ». Dissuasive, la crise du travail social impacte même les vocations, avec « une baisse de 14 % des entrées en formation ».
Réenchanter les métiers du lien et du soin, pour éviter les burn-outs, les démissions et la souffrance, et recréer les conditions de l’attractivité d’un secteur qui peut prétendre au podium des plus beaux métiers du monde, tel est le défi qui se dresse devant l’École des métiers du lien et du soin. « Nous sommes les seuls en France à réfléchir comme cela », assure Fabien Bazin. Une aubaine, à écouter Philippe Fabry : « L’usure arrive sur un territoire quand les partenariats ne fonctionnent pas bien. »




























