Enfant prodige de la gymnastique nivernaise, Maëva Chenaye s’est hissée sur les podiums des championnats de France, à l’adolescence. Au prix de souffrances, psychologiques surtout, qui l’ont dégoûtée du haut niveau. L’entraîneur salariée de l’ASAV Gymnastique s’est promis de ne jamais reproduire ce qu’elle a vécu, d’allier exigence, performance et bienveillance. Et ça marche.
À 11 ans, Maëva Chenaye maîtrisait le double salto au sol, son mouvement préféré. Treize ans plus tard, son visage s’éclaire, dans le bureau de l’ASA Vauzelles Gymnastique, au souvenir émerveillé de ces sensations sans égales : « Avoir le contrôle de son corps, savoir où on est dans l’espace. Des choses que l’on ne retrouve pas dans la vie quotidienne. »
Quand elle accompagne une amie, à 9 ans, dans le club vauzellien, la découverte est fulgurante, les progrès aussi : « Au début, tout semblait facile. » L’année suivante, elle part au pôle Espoirs de Dijon, « seule », avec 25 heures d’entraînement par semaine. Elle égrène son palmarès, quatre fois vice-championne de France dans les catégories 12, 14, 17 et 18-20 ans, mais sans sourire. La cause ? « La maltraitance » qui plombe alors la gymnastique de haut niveau : « Le contrôle sur le poids, sur la parole, l’interdiction de communiquer avec la famille. Au bout de trois ans, je suis rentrée à Varennes-Vauzelles. Et sans regrets. Je suis contente d’avoir quitté ce monde », confie Maëva Chenaye, le regard noir. « La période a été compliquée, le retour aussi. Je voulais tout arrêter. »
Elle débute l’entraînement bénévole à 15 ans, et a la révélation : « J’ai passé mes diplômes, la CQP (Certificat de qualification professionnelle) et le BPJEPS Gym. J’ai toujours pensé travailler dans la gym. Mon objectif était de devenir entraîneur pour ne pas reproduire tout ce que j’avais connu. Parce que même dans les petits clubs, il y a encore de la violence. »
« Quand j’avais leur âge, si on avait mal, on ne disait rien »
Il y a deux ans, elle devient la première entraîneur salariée du club : « On est passé de 110 à 230 licenciés », souligne-t-elle fièrement. « On a augmenté le nombre de créneaux, proposé de nouvelles disciplines, ouvert le club aux personnes en situation de handicap. Et on a aussi fait tout un travail de communication, des portes ouvertes. Ce que j’ai vécu impacte ma façon d’être avec les filles ; j’essaie de les comprendre, on communique. Quand j’avais leur âge, si on avait mal, on ne disait rien. On n’est pas là pour casser les filles. Elles s’épanouissent, elles progressent, c’est le plus important. Et cela se ressent au nombre de licenciés. » Des groupes loisirs débutants qui « sont là pour se faire plaisir » à l’équipe Nationale qui participe tous les ans au championnat de France, la philosophie est la même, partagée par sa sœur jumelle Joanna, présidente du club, et les entraîneurs bénévoles.
Centre départemental, l’ASAV Gymnastique accueille des stages, plusieurs fois par an, où les meilleurs gymnastes nivernais sont rassemblés : « Nos infrastructures sont parmi les plus belles de la Nièvre. » C’est pour rester au diapason que le club a candidaté au Budget participatif nivernais, et a fait partie des lauréats 2025 (voir ci-dessous) : « On devait remplacer notre piste qui n’est plus du tout conforme. Elle est même dangereuse. Pour la campagne de votes, on a mobilisé nos adhérents, le réseau autour de nous. Sans cette subvention, on n’aurait pas pu remplacer la piste. »







