Des sanitaires, des vestiaires, une salle de réunion et de formation : les douze sapeurs-pompiers de Brinon-sur-Beuvron bénéficient enfin d’un cadre à la hauteur de leur engagement citoyen, après dix ans de patience et des décennies de fonctionnement rustique. Rénové et agrandi, le Centre d’incendie et de secours a été inauguré lundi 4 mai, en présence de Fabien Bazin, président du Conseil départemental, de Michel Mulot, conseiller départemental délégué à la présidence du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) et de la préfète Fabienne Decottignies.
Construite en 1981, en face de la mairie et de l’école, la caserne de Brinon-sur-Beuvron a habitué des générations de sapeurs-pompiers à des installations sommaires : « Une salle de 18 m² qui faisait office de standard, de salle de réunion et de bureau pour le chef de centre, des toilettes à la turque et un urinoir », liste le lieutenant Alexandre Odant, chef du Centre d’incendie et de secours dans lequel il officie depuis 1996 en tant que pompier volontaire comme son père avant lui et sa fille Maëlys après lui. « Sur les douze pompiers de Brinon, on est quatre de la famille, cinq avec mon beau-frère », confie-t-il fièrement, à côté de son nouvel adjoint l’adjudant-chef Cyril Michel, en marge de l’inauguration de la caserne enfin rénovée et agrandie.
Le projet au long cours, lancé en 2017, fait entrer la caserne dans le XXIe siècle : un vrai standard, une vraie salle de réunion et de formation, un bureau à part pour le chef de centre, des espaces de stockage, et surtout des vestiaires, pour les hommes et les femmes, des sanitaires, et des douches : « Avant, on avait juste une pièce pour se changer, et on prenait la douche chez nous en rentrant d’intervention. Mais avant, il n’y avait que des hommes à la caserne. »
Désormais, avec trois femmes et neuf hommes, la caserne de Brinon illustre la féminisation croissante des sapeurs-pompiers, dans la Nièvre comme partout en France. Les statistiques, elles, confirment le rôle prépondérant des soldats du feu et de l’urgence : « En 1981, il y avait 30 interventions par an. Quand j’ai commencé en 1996, on était à 90 départs par an. Maintenant, on est à plus de 200 interventions », détaille Alexandre Odant, dans l’extension qui sent le bois neuf et accueille une partie des véhicules.
Sous le ciel d’orage et de lourds nuages anthracite, le soleil de la fin de journée enflamme les couleurs, le rouge des engins alignés sur le parking, le noir du bardage, le crépi crème, le vert tendre des frondaisons et le jaune éclatant des boutons d’or colonisant le pré voisin. Un décor élégant de carte postale champêtre qui sied aux éloges de la ruralité, de la citoyenneté et de la solidarité s’enchaînant dans les discours des officiels (1). « Dans une commune rurale comme la nôtre, rien n’est accessoire », pointe le maire Nicolas Smilevitch, saluant « des femmes et des hommes qui répondent présent à toute heure du jour et de la nuit » pour réaliser « des interventions qui se multiplient et se complexifient ».
Un « engagement citoyen qui mérite la reconnaissance », et des conditions d’exercice dignes, grâce à un chantier de 290 000 € financé par l’État (134 0000 €), le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS, 100 000 €) et la commune (57 000 € ). La dépense n’est pas anodine pour un village de 175 habitants, mais elle est vitale, comme le rappelle le maire : « Maintenir un centre de secours à Brinon, c’est affirmer que chaque vie compte. »
« Une caserne plus attractive, c’est un levier essentiel pour fidéliser les effectifs », souligne Michel Mulot, conseiller départemental délégué à la présidence du SDIS. « Avec ce centre de secours modernisé, adapté aux besoins opérationnels, les sapeurs-pompiers bénéficient de conditions d’engagement plus confortables et plus sécurisées. » À son tour, Fabien Bazin, président du Conseil départemental, rend hommage aux sapeurs-pompiers : « Nous avons tous besoin de vous, vous assurez la première intervention d’urgence dans notre département.
C’est pour cela que le Conseil départemental a fait un effort considérable, en augmentant sa subvention chaque année depuis quatre ans pour la faire passer de 10 millions d’euros à près de 14 millions. » Et de donner rendez-vous au 2e Débat de la Nièvre, vendredi 29 mai à 18 h 30 à Montreuillon, « pour parler collectivement de la protection de nos vies ».
Vivre en sécurité dans la Nièvre, et surtout y vivre bien, c’est un défi que relève Brinon-sur-Beuvron, dont Fabien Bazin a rappelé la force et la singularité : « Un festival, les Petites Rêveries, qui réunit 200 bénévoles, des commerces qui sont repris, des entreprises qui tournent, un centre de secours tout neuf, un Centre social qui fonctionne très bien. Je ne connais pas une commune de cette taille qui ait aussi bien résisté. Brinon prouve qu’il y a toujours de l’espoir, que la ruralité peut être moderne. »
Rappelant en conclusion le soutien fort de l’État au titre de la Dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR), avec 134 000 €, la préfète Fabienne Decottignies insiste : « La ruralité n’est pas un angle mort de la République. Les sapeurs-pompiers sont au service de nos concitoyens qui font le 18 quand ils se sentent en danger. C’est le sens premier de l’engagement collectif.
Et votre engagement est difficile, il est exigeant pour vos familles, il demande beaucoup de renonciations. » Un sacrifice qui mérite amplement le soutien de l’État et des collectivités pour la modernisation de la caserne : « Un sapeur-pompier qui travaille dans des conditions dignes, c’est un sapeur-pompier plus opérationnel, qui se sent mieux dans sa caserne, qui en parle mieux, et qui transmet. »




















