Les mois de sécheresse et les canicules en série du printemps et de l’été 2026 n’ont pas mené à la fermeture du canal du Nivernais mais ils ont mis à l’épreuve ses infrastructures, et les humains qui les actionnent – les agents du Conseil départemental sur les 58 km de la partie concédée, entre Cercy-la-Tour et Sardy-lès-Épiry. Si le bilan de la saison touristique, présenté le 5 novembre à Châtillon-en-Bazois, a confirmé l’attractivité du canal, les élus et les usagers ont alerté de concert sur l’enjeu stratégique, presque vital, que représente désormais la ressource en eau.
Irrigué par le lac de Pannecière via la Rigole d’Yonne, les étangs de Baye et de Vaux et les cours d’eau adjacents, le canal du Nivernais résiste, jusqu’à présent, aux effets du changement climatique. Pour combien de temps encore ? La question s’est imposée au cœur des débats, lors de la présentation rituelle du bilan de la saison touristique sur la partie nivernaise du canal.
À l’invitation de Fabien Bazin, président du Conseil départemental, d’Alain Herteloup, vice-président en charge des infrastructures, et de Séverine Bernard, conseillère départementale et présidente de Nièvre Attractive, les collectivités traversées par le canal, les usagers, les professionnels et les agents du Département travaillant sur la partie concédée (voir encadré) sont venus nombreux se serrer dans la salle de réunion du Centre d’entretien et de navigation de Châtillon-en-Bazois pour découvrir et commenter les statistiques.
Si la fréquentation touristique a souffert des canicules de mai et juin, le canal du Nivernais a bénéficié du report de la circulation du canal latéral à la Loire, fermé durant l’été par manque d’eau. 231 passages de bateau ont été comptabilisés en août à l’écluse de Baye, et 131 en juillet. « Au port de Clamecy, il y a eu plus de bateaux cette année qu’en 2025 », a précisé Jean-Louis Lebeau, président du Syndicat mixte d’équipement touristique du canal du Nivernais, saluant le rôle du Conseil départemental dans les travaux d’entretien du système alimentaire, et notamment de la Rigole d’Yonne, véritable aorte du versant Seine du canal.
Morte saison pour la navigation, l’hiver est la période faste des travaux, sur le canal et sur le réseau qui le ravitaille en eau. L’hiver 2026-2027 sera ainsi absorbé par les réparations de la Rigole d’Yonne, chef-d’œuvre de pierre et de sueur bientôt vieux de deux siècles, et long de 25 km, dont la maçonnerie nécessite, chaque année ou presque, d’être remise en état. « Ces travaux sont prioritaires, ils sont essentiels pour le canal », a souligné Fabien Bazin.
Une présence humaine et une qualité d’accueil appréciées
Alain Herteloup a insisté sur l’importance des travaux durant le chômage du canal : « Les réparations effectuées ainsi que l’adaptation des pratiques et de la circulation en fonction de la quantité d’eau disponible ont permis de maintenir un niveau d’eau suffisant tout au long de la saison et d’éviter une fermeture de la navigation. » Il a salué le rôle des agents du Département, interlocuteurs prioritaires des touristes, notamment lors des passages d’écluses : « Les retours sont très positifs sur la qualité de votre accueil, félicitations à tous. » Des éloges également adressés par le directeur de la fédération départementale de pêche.
Appréciée des usagers du canal, la présence humaine des agents est un choix que défend Fabien Bazin : « Nous n’automatisons pas les écluses, contrairement à d’autres canaux, et nous l’assumons totalement. Le service public, ce ne sont pas des paroles en l’air. » Deuxième canal le plus fréquenté de France, poids lourd du tourisme et de l’économie dans un secteur particulièrement rural du département, le canal du Nivernais est un enjeu primordial pour le Conseil départemental, qui a renouvelé la concession de cinquante ans avec Voies navigables de France pour la longue portion Cercy-la-Tour/Sardy-lès-Epiry, où brillent plusieurs joyaux – le barrage à aiguilles de Panneçot, l’écluse de Fleury, les voûtes de La Collancelle, l’échelle d’écluses de Sardy.
Les maisons éclusières font partie de ce patrimoine sur lequel veille la collectivité. Séverine Bernard a rappelé ainsi que seize d’entre elles étaient au centre d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par le Département en 2026, pour que ces bâtiments accueillent une activité économique : « Dix-huit candidats se sont déclarés, au moins un par maison éclusière. L’analyse technique de leurs dossiers est en cours, avec deux critères, la viabilité économique et la capacité à investir pour remettre les maisons éclusières en état. »
















