À l’âge où l’on domestique fébrilement sa modeste citadine tatouée d’un A rouge sur le coffre, Karel Eyoum pilote des bolides avec brio au Castellet ou à Spa. Un talent révélé lors du Challenge Magny-Cours, et qui l’a mené au titre de champion de France en 2025, au volant d’une Peugeot 208 RC. Partagé entre raison et passion, études et adrénaline, le Marzyat de 18 ans trace sa voie sans complexes.
L’image restera enchâssée au chaud dans son coffre à souvenirs. Celle de son premier podium en TCA Light, un championnat dont tous les pilotes roulent en Peugeot 208 RC, une petite bombe de 140 CV : « C’était en 2024, lors de ma première course. Je finis deuxième », explique Karel Eyoum. « Mon père n’est pas très démonstratif, et c’est une des premières fois où je le voyais montrer ses émotions. C’était agréable. »
Rapide coup d’œil dans le rétroviseur. Fils d’un anesthésiste et d’une médecin généraliste, Karel Eyoum découvre le karting à 11 ans, à Magny-Cours, avec ses frères. « Cela m’a plu tout de suite, mais on n’avait pas de budget pour faire de la compétition », se souvient-il. Le rêve est rangé. Il ressort en 3e, quand l’adolescent se frotte au Challenge Magny-Cours, créé par le Conseil départemental à destination des collégiens : « Je me classe 4e sur 660, ça me donne envie d’aller plus loin. J’ai fait un stage chez LSP (une école de pilotage de Magny-Cours), j’étais le plus rapide. »
Karel Eyoum convainc ses parents de le laisser suivre sa chance : « J’ai démarché des équipes. JSB Compétition m’a fait passer des tests sur une 208, à Abbeville ; ils ont trouvé que j’étais gentil, ça les intriguait. » Policé, le Nivernais lâche la bride sur piste : « Leur coach, Florent Briché, m’a trouvé prometteur. » L’écurie lui confie un volant, il remporte trois courses en 2024, et se hisse sur la plus haute marche en 2025, champion de France avec 19 podiums. Le voilà engagé dans la catégorie supérieure, TC, où il occupe la quatrième place au classement général après quatre épreuves : « Il en reste une, en octobre sur le circuit Paul-Ricard. Je suis à un point de la 3e place. J’ai eu un accident à Spa-Francorchamps qui m’a privé de pas mal de points alors que je me battais plutôt pour la 2e place
Étudiant en BPJEPS en alternance, il a décroché cette année son diplôme de coach, ce qui lui permet de voir venir pour la saison prochaine : « Je vais faire une « pause » dans les études, avec de très gros guillemets. Je vais faire un peu de coaching en pilotage, et me reconcentrer sur la suite, pour envisager une autre formation, sur deux-trois ans.
Côté piste, l’objectif est de changer de catégorie, et passer de TC à Mitjet International : « C’est une catégorie qui me convient mieux, je pense. Il y a davantage de concurrents, et je pourrais me confronter à un plus grand panel de pilotes. Cela va se discuter au cours de l’hiver prochain avec mon équipe. »
Malgré son jeune âge, Karel Eyoum est rompu à l’exercice de la course aux sponsors pour boucler son budget de courses : « Mon objectif, c’est de passer ensuite en 308 Cup, puis en GT4 France. J’aimerais être plus tard pilote en GT3 ou en Prototype. Courir en monoplace, c’est très cher, je ne permets pas d’en rêver. Je veux être performant dans toutes les catégories, apprendre, évoluer. J’ai mûri, je suis moins timide, piloter m’a aidé dans la gestion du stress, de la colère, de mes émotions. »
La passion des sports mécaniques, elle, ne s’émousse pas, dans une saison de TC plus ardue que prévu, malgré une première victoire décrochée en août à Magny-Cours. Au contraire : « Je trouve même que la passion est plus puissante qu’avant », sourit-il. « Les difficultés me poussent à aller encore plus loin. »















