Dans le cadre de Collège de demain, une initiative du Conseil départemental, les élèves de 6e du collège Jean-Arnolet, à Saint-Saulge, ont participé à un atelier collectif d’écriture avec la romancière Cécile Alix. Une invitation à jouer avec les mots, les images, à lâcher la bride de son audace, et à ne pas se laisser impressionner par la forme poétique, qui a séduit les collégiens.
Forêt, plantes, poubelle, vert, écologie, surpêche, déforestation, feuille, pollution, bateau, fleur… Le tableau blanc se remplit peu à peu de mots, à mesure que Cécile Alix brise la glace et libère l’audace chez le groupe de douze élèves de 6e du collège Jean-Arnolet, à Saint-Saulge. « On ne va pas faire une poésie mignonnette, gnan-gnan. On va la faire avec vos mots de jeunes », encourage la romancière, venue de Bourg-en-Bresse animer l’atelier d’écriture, en collaboration avec l’association Tandem et le Conseil départemental, financeur de cette action via Collège de demain.
Le thème imposé, la biodiversité, l’exercice inhabituel et la tiédeur de l’après-midi sont autant d’obstacles rapidement déjoués par la prolifique auteur pour la jeunesse, dont quelques ouvrages sont exposés sur une table. « À quoi pensez-vous ? Allez-y, il n’y a pas de mauvaise réponse. On ose, tous les mots sont bons. » En trois minutes, Catherine Sneed, bénévole de Tandem en charge de la section jeunesse, a couvert le tableau.
En douceur, Cécile Alix passe à l’étape suivante : « On va faire de la poésie, avec des rimes. Comment est-ce qu’on démarre ? » Les élèves s’enhardissent, se lâchent, même les plus timides, encouragés du regard et de la voix. Une première phrase, la première strophe, puis tout le poème se dévide, à plusieurs voix, habilement aiguillé par l’auteur. Le résultat bluffe le groupe : « On aura le texte après ? » « Il est très, très beau », sourit Cécile Alix, sous les applaudissements.
« Un tel projet, cela peut ouvrir des horizons »
En retrait, Simon Derou, le professeur de français, apprécie cette première étape d’un projet au long cours, qui accompagnera les élèves de la 6e à la 3e : « On est parti du constat que les enfants lisent beaucoup en primaire mais qu’ils peinent à conserver ce goût pour les histoires, au collège, à cause de l’approche de l’adolescence, et des écrans. » Depuis octobre, en plusieurs étapes, le lien avec le livre se renoue, au fil de rencontres avec Olivier Broda (Théâtre du Temps pluriel), acteur, metteur en scène et fou de mots, puis la Bibliothèque départementale, une relieuse, un imprimeur. Jusqu’à la rencontre avec Cécile Alix : « Chaque élève a lu deux de ses livres, au choix, puis il a fait une fiche de lecture, qu’il a présentée oralement. C’est une façon de dédramatiser l’acte de lire. Sur une classe de 25, environ dix élèves ont un rapport compliqué à la lecture et à l’écriture. Ce qui est bien, c’est qu’ils se sont tous investis, ils ont fait des illustrations. Ils ont été assez réceptifs. C’est une richesse de faire intervenir d’autres adultes. »
La venue à Saint-Saulge d’une « vraie » romancière, spécialement pour eux, est aussi un moyen de changer le regard des élèves sur leur environnement rural, sur leur avenir : « Les enfants se disent souvent qu’ils sont un peu loin de tout. Ce n’est pas un complexe, mais le sentiment d’être isolés. Un tel projet, cela peut ouvrir des horizons. Donner plus d’ambition aux élèves fait partie du projet d’établissement. Parce que l’idée que « ce n’est pas pour eux », on y est souvent confronté. »
En escale à Saint-Saulge avant de mettre les voiles vers le Maroc, la Bretagne et Aix-en-Provence, Cécile Alix enchaîne les ateliers d’écriture avec un plaisir non feint : « Cela me donne de l’énergie. Ces élèves, ce sont mes lecteurs, et les rencontrer me donne envie d’écrire pour eux. C’est un public qu’il faut aller davantage chercher, mais il y a énormément de médiation autour du livre, bien plus qu’avant. » Citadins ou ruraux, aisés ou populaires, les publics ne sont pas aussi cloisonnés et différents que l’on pourrait l’imaginer : « Ici, un élève m’a dit qu’il lisait du Bernard Werber. En 6e ! C’est la première fois que je vois ça cette année. Les textes créés sont aussi bons à la campagne qu’en ville. Les élèves sont les mêmes partout. »



















