La découverte du diabolo l’a sauvé de l’abîme quand il était en famille d’accueil. Alexandre Henno en a fait son art, et son double, Diab Alex, qu’il a présenté au tout nouveau Conseil des ambassadeurs de la protection de l’enfance, lors d’une émouvante rencontre.
Il y a des jours où l’émotion cueille sans prévenir, où la lumière jaillit du frottement inattendu des âmes. Un jour comme ceux-là, c’était un samedi de novembre aux faux airs chauds d’été indien, à l’Agropôle du Marault, théâtre étrange de la naissance du Conseil des ambassadeurs de la protection de l’enfance.
Une instance voulue par le Conseil départemental pour donner la parole et le pouvoir d’agir aux représentants du millier de jeunes confiés à l’Aide sociale à l’enfance dans la Nièvre.
Après une matinée de saynètes brise-glace et un joyeux déjeuner, les 22 jeunes ambassadeurs et les adultes qui les accompagnent s’installent sur les gradins du ring où se déroulent habituellement les ventes aux enchères de charolais. Seul face à eux, barbe courte sur T shirt blanc, un jeune homme ; au sol près de lui, un sac et deux bâtons reliés par une longue ficelle. Sa voix hésite, comme intimidée, puis s’affirme. Diab Alex, artiste du diabolo, raconte son itinéraire en miroir : « J’étais en famille d’accueil. C’était pas drôle (silence). J’étais renfermé, je n’avais pas de copains, et un jour j’ai découvert un diabolo blanc, brillant, qui est devenu Diab, mon ami de famille d’accueil. Avec lui je devenais admirable, je plaisais, et je voulais devenir le meilleur diaboliste du monde. »
« Pour chacun de nous se cache un Diab »
Alternant monologues et figures de haut vol, Diab Alex se livre et se lâche, sous les « oh » extasiés et les yeux écarquillés de son public. Un diabolo, puis deux, puis trois dansent follement autour de lui, frôlent sa tête en sifflant, partent jusqu’au haut plafond du ring puis retombent sur le fil : « Pour chacun de nous se cache un Diab. Lui et moi, on est au début d’une belle aventure. »
Après avoir signé des autographes et échangé avec les ambassadeurs, Alexandre Henno, jeune homme de 27 ans – dont 13 de « vie commune » avec Diab – se confie à mots pudiques : « Le diabolo m’a sorti de la dépression. J’ai eu une vie tellement difficile que cela m’a forcé à m’adapter, à devenir solide comme un roc. On me disait de parler, que ça me ferait du bien, alors je suis allé voir un psychologue mais ça ne me faisait pas de bien ; même quand je parlais, j’avais l’impression d’être seul. Quand j’ai découvert le diabolo, en 4e, et que j’ai vu le très haut niveau qu’on pouvait atteindre, j’ai travaillé comme un fou, je ne comptais pas mes heures. J’avais une vraie fascination. Aujourd’hui, j’avance, je ne regarde pas derrière moi. »
Intermittent du spectacle, Diab Alex a ressenti « beaucoup de joie » à jouer devant le Conseil des ambassadeurs de la protection de l’enfance ce premier spectacle dans lequel il parle. Sans chercher à transmettre une expérience, encore moins un exemple à suivre, tant la vie d’enfant placé en foyer ou en famille d’accueil est à nulle autre pareille.







