Dans une fraîcheur bienvenue, et sous une brève averse, elles sont parties du circuit de Nevers-Magny-Cours, mercredi 15 juillet, direction Chalon-sur-Saône, 185 km plus loin. Les sept ambassadrices de l’association Donnons des elles au vélo avalent, avec 24 heures d’avance, toutes les étapes du Tour de France masculin, depuis le 3 juillet. Une performance pour ces athlètes, toutes amatrices, réunies par l’envie de féminiser un sport encore très conservateur (13 % de femmes parmi les licenciés de la Fédération française de cyclisme). Et une épopée sportive, humaine et solidaire qui les marquera durablement.
La canicule, les cols des Pyrénées et du Cantal et les dix étapes déjà dans le rétroviseur n’ont entamé ni leur énergie ni leur bonne humeur. Mercredi 15 juillet, accueillies par Lionel Lécher, vice-président du Conseil départemental en charge des sports, les ambassadrices et le staff de Donnons des elles au vélo arrivent dans le paddock du circuit de Nevers-Magny-Cours avec un large sourire, parées de pied en cap aux couleurs de l’association créée en 2015.
« L’idée était de réunir des femmes et de faire toutes les étapes du Tour de France, en J – 1, pour promouvoir le cyclisme féminin et relancer l’organisation du Tour de France féminin », explique la présidente de l’association, Claire Floret. « Le Tour de France Femmes a vu le jour en 2022, et nous avons donc axé notre projet sur la féminisation de la pratique du vélo. Nous voulons inciter les femmes à oser se lancer. Il faut travailler sur le changement de représentation. L’histoire du cyclisme est très masculine, pas mal de retard a été pris pour les femmes. On compte 13 % de femmes parmi les licenciés de la Fédération française de cyclisme ; c’est 3 % de plus depuis 2018. Les choses changent petit à petit, mais c’est un sport assez conservateur. »
En éclaireuses, les ambassadrices de Donnons des elles au vélo défrichent le long chemin vers la parité. Parmi elles, Élise Deceuninck, 29 ans, originaire d’Annecy, raconte volontiers sa découverte de l’association, du Tour, et des limites physiques et mentales qu’elle se surprend à dépasser. « Je fais beaucoup d’itinérance, en gravel, et du vélo de route depuis peu », explique la jeune femme, qui travaille dans la sécurité des chantiers du BTP. « J’ai rencontré une ancienne ambassadrice de Donnons des elles au vélo, et j’ai candidaté car nous avons des valeurs communes. Beaucoup de filles arrêtent le sport à l’adolescence, pour diverses raisons. Cela a été mon cas, j’ai fait de la danse, de la natation, de l’escalade, puis je me suis arrêtée, et j’ai repris après mes études, à 24 ans. »
« Ça se passe mieux que je l’imaginais »
Sportive aguerrie, mais amatrice, la Savoyarde s’élance de Tarragone (Espagne), le 3 juillet, avec les autres ambassadrices : « J’avais très peur, car c’est un défi énorme. J’ai su que j’étais sélectionnée mi-décembre, et j’ai eu six mois pour me préparer. L’association nous envoyait des plans d’entraînement, et nous avons fait un stage d’une semaine. »
Après dix premières étapes, marquées par la traversée des Pyrénées, l’effarant col du Tourmalet (17 km d’ascension à plus de 7 %), puis la remontée du Massif central, le moral est radieux : « Physiquement, ça va. On a une super équipe, un staff au top. Ça se passe mieux que je l’imaginais. On roule en peloton, à allure régulée, avec deux pauses de dix minutes le matin et l’après-midi, et trente minutes pour déjeuner. » Sur le vélo de 8 heures à 20 heures, en moyenne, Élise Deceuninck vit chaque étape les yeux grands ouverts : « Je pensais que je ne pouvais pas rouler au-delà de 150 km. Dès le premier jour, j’ai passé cette limite. Dans quelques jours, je passerai celle des 200 km », sourit-elle. « Et j’adore cette vie en collectif. On ne le fait pas assez, dans notre société. Cette expérience me permet de me recentrer sur mes valeurs, et de prendre confiance en moi. Peut-être même, plus tard, d’oser certaines choses dans mon quotidien. »



















