Sus à la tétine tardive ? Quel est le bon moment pour commencer à donner des aliments en morceaux ? L’apnée du sommeil existe-t-elle dès le plus jeune âge ? Ces questions, et bien d’autres, ont été abordées, jeudi 21 mai à Corbigny, lors d’une rencontre autour de « l’oralité chez l’enfant », organisée par le Site d’action médico-sociale corbigeois du Conseil départemental pour les professionnels de la petite enfance. Ce thème de réflexion et de débat, passionnant, est proposé aux parents, actuels et futurs, jeudi 28 mai, à 19 h 30, en mairie de Corbigny.
Infirmière puéricultrice du Conseil départemental, en poste au Site d’action médico-sociale (SAMS) de Corbigny, Marion Darneau réalise, parmi ses multiples missions de Protection maternelle et infantile (PMI), les bilans de santé des enfants à l’école maternelle (voir encadré). La récurrence de certaines situations l’a alertée : « Des enfants qui, à quatre ans et demi, ont encore la tétine. Ce qui provoque des retards d’acquisition du langage, des problèmes de développement de la mâchoire. »
La prévention et l’information étant inscrites dans l’ADN de la PMI, l’infirmière a décidé d’organiser une rencontre-débat autour de l’oralité chez l’enfant. Un rendez-vous en deux temps : le premier avec les professionnels de la petite enfance, le second avec les parents. Assistante maternelle, responsables de crèche, coordinatrice de maison de santé ont répondu à l’invitation, jeudi 21 mai en mairie de Corbigny, pour une soirée d’échanges.
Tout commence avant la naissance
Tour à tour, Claire Rameau, médecin de la PMI, Bénédicte Nolot, chirurgienne-dentiste, Christel Buisson, ergothérapeute, et Marion Darneau ont abordé plusieurs facettes d’un sujet foisonnant. « Le thème de l’oralité est tellement large qu’il faut le recentrer sur l’alimentation et le langage », explique en préambule le Dr Claire Rameau, qui accompagne les familles avant même la naissance de l’enfant. C’est justement là que commence à se jouer l’oralité, dès l’état fœtal : « La succion, le goût, la motricité débutent in utero. Les nerfs se connectent, la forme du palais se creuse, les mandibules se développent, la langue trouve sa position. L’enfant n’est pas encore né, et il est déjà dans l’oralité. »
Après la naissance, les premiers mois voient la coordination de la déglutition et de la respiration, la fermeture laryngée : « Le bébé est bien câblé pour éviter la fausse route. » À partir de six mois, se nourrir n’est plus un simple réflexe, mais un acte de plus en plus conscient, un rapport au monde, à l’autre : « L’oralité est un carrefour sensoriel, corporel et relationnel. » Une source d’angoisse, aussi, pour les parents, entre gestion de la faim et obsession de la prise de poids.
Le Dr Bénédicte Nolot ouvre son intervention sur un rappel des « gestes d’hygiène » : « Les parents qui lèchent la cuiller, ou la tétine, qui partagent le même verre que le bébé, il faut éviter. La flore buccale est différente chez l’adulte, et c’est comme cela qu’on contamine l’enfant. » Meilleur ennemi de l’hygiène bucco-dentaire, le sucre est naturellement déconseillé, qu’il s’agisse d’eau sucrée dans le biberon nocturne, de jus de fruits ou du Coca, « sucre plus acide, c’est une bombe ».
« Le corps humain est magique, mais il ne faut pas grand-chose pour qu’il ne fonctionne pas bien »
Le lien entre alimentation et développement musculaire est également pointé par la chirurgienne-dentiste, qui cible l’omniprésence de la « nourriture molle » dans les assiettes enfantines : « Quand la mastication est stimulée, les muscles se développent, ce qui favorise la croissance osseuse, notamment celle des maxillaires. » Autre phénomène, l’apnée du sommeil n’est pas réservée aux adultes ; ronflements, sommeil agité, somnolence diurne, hyper-sudation, énurésie, hyperactivité sont autant de symptômes relevés « chez beaucoup d’enfants », avec pour conséquences une impressionnante liste de troubles, cognitifs, comportementaux, dys, apprentissage, métabolisme, croissance. « Le corps humain est magique, mais il ne faut pas grand-chose pour qu’il ne fonctionne pas bien », conclut Bénédicte Nolot.
L’importance de la mastication est appuyée par le propos de Christel Buisson ; « Quand l’enfant a entre 9 mois et un an, on doit être passé à de la nourriture avec des morceaux. Certains parents en ont peur, parce qu’ils craignent le risque d’étouffement. » Autre hantise, le refus de manger doit être pris au sérieux : « Les troubles alimentaires pédiatrique ne sont pas rares, et ils doivent être pris en charge. »
Marion Darneau aborde, en conclusion, l’effet de l’usage tardif de la tétine, synonyme de « tranquillité » et de crise désamorcée, mais « obstacle dans le développement de la mâchoire et du langage », par la limitation des interactions : « C’est le lien social qui compense le manque de la tétine. » Conscientes de la difficulté d’être parent, de la charge mentale, des évolutions sociétales (l’invasion des écrans) et du manque d’information, les organisatrices de la rencontre soulignent la nécessité d’un… langage commun entre professionnels de la santé et de la petite enfance : « Votre parole a un poids auprès des parents. Ensemble, nous pouvons les encourager et les informer. »











