L’Espace des Saules, à Coulanges-lès-Nevers, a accueilli le premier Débat de la Nièvre organisé par le Conseil départemental. Le thème était aussi engageant que profondément vécu : être femme dans la Nièvre. Plus de 300 personnes ont participé à cette soirée intense, dense, où les mots ont circulé librement, essentiellement portés par des femmes de tous âges, de tous horizons sociaux et professionnels, venues de tout le département.
Un moment d’union et de parole
Elles sont nombreuses dans l’assistance, animées par l’envie de témoigner, d’écouter, de partager. Elles sont venues parfois simplement pour entendre la parole de leurs “sœurs”, parfois pour déposer là leur quotidien, une tranche de vie, voire leur « intime », longtemps retenu. Très vite, le débat a dépassé le cadre formel. Après la projection d’un film introductif qui regroupe les témoignages de 23 femmes nivernaises de milieux, situations et profils différents, la parole s’est libérée et les échanges se sont transformés en confidences, en récits de vie, en témoignages parfois bouleversants, toujours sincères.
Des témoignages émouvants, riches et gorgés d’énergie
Rien de mieux que les mots pour illustrer le quotidien des femmes. Nombreuses ont exprimé cette difficulté persistante à tout concilier dans une même journée, dans une même vie : le travail, la famille, les déplacements, l’organisation, l’anticipation permanente, souvent invisible mais omniprésente. Être femme dans la Nièvre, c’est composer avec les richesses de la ruralité, la solidarité, la proximité humaine, la qualité de vie, et avec ses contraintes, l’éloignement, la mobilité, l’accès aux services, évolution professionnelle parfois plus complexe.
La soirée a surtout été marquée par une énergie collective contagieuse. Du courage, de la motivation, de la vitalité, de l’émulation et aussi du plaisir à être femme dans la Nièvre ont traversé les échanges allant jusqu’à proposer des « astuces » pour mieux gérer le quotidien. Les participantes ont souvent évoqué le manque d’écoute, de considération, le besoin de constamment se justifier, de se légitimer dans le cadre professionnel. Elles ont parlé de leur fatigue, mais aussi de leur fierté à mener de front leur rôle de femme. Un complexe mélange de difficultés et de ressources intérieures, de créativité, d’envie d’agir et de se soutenir mutuellement.
Place aux idées pour améliorer la situation
Si la soirée visait avant tout à écouter les femmes, elle avait aussi pour but de faire évoluer l’action publique pour améliorer la vie des femmes dans la Nièvre
- la vie quotidienne dans la Nièvre, synonyme de jonglage acrobatique entre vie de famille, déplacements, accès aux loisirs et charge mentale ;
- l’accompagnement dans les besoins spécifiques, tels que la santé, la parentalité, la protection contre les violences de tous ordres ;
- le développement des carrières, qui commence avec l’accès aux études supérieures et se poursuit avec l’objectif d’égalité des salaires, et des chances, et la voie étroite de l’entrepreneuriat au féminin.
Les idées ont aussi été multiples et fécondes : « sensibiliser davantage et dès le plus jeune âge, dans les établissements scolaires, à l’image de la femme et à son évolution », « créer un numéro de téléphone unique renvoyant vers les bons interlocuteurs en matière de violence conjugale et de santé », « créer un groupe de mentors constitué d’entrepreneures qui prodiguerait des conseils ou ferait des échanges de pratiques », « initier des animations éducatives et ludiques pour changer l’image de la femme ».
Au-delà des idées, plusieurs structures présentant différents dispositifs et actions ont témoigné des actions existantes ou à venir sur le territoire :
- le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) de la Nièvre, relais essentiel de l’action des pouvoirs publics en matière d’accès aux droits pour les femmes, de lutte contre les discriminations sexistes et de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes ;
- la gendarmerie qui a présenté la Maison des familles de la Nièvre, constituée de 30 brigades d’experts de la lutte contre les violences intra-familiales, qui coordonne l’action entre les familles, les associations et les institutions et facilite le dépôt de plaintes ;
- une sage-femme de la PMI (Protection maternelle et infantile) est aussi venue témoigner de son rôle, de ses interventions à tout moment dans la santé des femmes : suivi de grossesses, suivi gynécologique, etc. Elle intervient régulièrement à domicile dans le cadre d’un maillage territorial de l’offre de santé de la femme ;
- une avocate au Barreau de Paris est venue donner des conseils juridiques concernant les dépôts de plaintes dans le cadre de violences conjugales et du droit des enfants.
Des propositions concrètes pour la suite
Ce débat n’est pas une fin, mais bien un point de départ qui va permettre de proposer des leviers concrets dédiés à la cause de la femme dans la Nièvre. « C’est un débat riche, bouleversant et parfois drôle auquel je viens de participer, où on se rend compte que les femmes sont constamment soumises à des injonctions contradictoires », conclut Blandine Delaporte, vice-présidente du Département en charge du dialogue avec les habitants. « Comme nous avons imaginé la Bande des moins jeunes, on pourrait peut-être imaginer créer ensemble une bande de « nanas » avec, pour et par des « nanas » ! »
Une idée soutenue par Fabien Bazin, président du Conseil départemental qui précise : « Vous êtes très nombreuses ici ce soir, preuve que le sujet devait être mis sur la table, collectivement. Nous avons du travail pour, en toute humilité, tenter à plusieurs d’apporter des réponses à ce que vous nous avez dit ce soir. » Et d’annoncer un prochain rendez-vous, le 8 mars 2026. Une date symbolique : la Journée internationale des droits des femmes, le temps de faire mûrir les idées émanant de cette soirée pour en faire de propositions d’actions concrètes















