Le Conseil départemental de la Nièvre veille sur un millier d’enfants et adolescents confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Un rôle central dans la vie de la collectivité, particulièrement sensible dans un territoire où l’accueil de l’enfance en danger fait partie de la culture et de l’histoire. Pour être encore plus à l’écoute de ces jeunes, le Département vient de créer le Conseil des ambassadeurs de la protection de l’enfance, qui rassemble 22 volontaires déterminés à agir pour leurs pairs.
« C’est important que les enfants soient écoutés et aidés »
En quelques heures à peine, la glace est brisée, les liens sont noués, les rires fusent dans l’Agropôle du Marault et se diffusent alentour, après la pause déjeuner, dans de toniques courses poursuites. Venus de toute la Nièvre, les 22 enfants et adolescents confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Conseil départemental ont vécu intensément l’installation du Conseil des ambassadeurs de la protection de l’enfance. Un événement dans la vie de la collectivité, qui assume l’immense responsabilité de protéger, en moyenne, un millier de jeunes retirés de leur famille, et de leur apporter stabilité et sécurité en foyer ou en famille d’accueil.
Estelle, 16 ans, s’est portée volontaire, comme ses 21 camarades, pour intégrer cette nouvelle instance, avec l’envie d’aider d’autres jeunes passant par le même chemin, souvent tortueux et douloureux : « Au collège, je connaissais des jeunes comme moi, en famille d’accueil, qui ne savaient pas à qui parler. J’aimerais que l’on fasse un groupe de parole pour aider, écouter, trouver des solutions. En famille d’accueil, c’est plus compliqué de parler à un adulte, de se confier ; moi, j’ai mis un moment avant de parler à la mienne. Au début, je vivais très mal d’avoir été placée, cela me provoquait même du psoriasis. On est huit frères et sœurs ; on a tous été placés en même temps, je ne suis jamais retournée avec mes parents », explique la jeune fille. « C’est important que les enfants soient écoutés et aidés. »
Dylan, 14 ans, en foyer dans le Morvan, a lui aussi rejoint le Conseil des ambassadeurs pour « aider les enfants qui ne vont pas bien ». Retiré à sa famille à deux ans et demi, il a « beaucoup déménagé » de foyers en familles d’accueil, dans plusieurs départements : « Je veux éviter que d’autres enfants se retrouvent dans la même situation que nous. Quand on a un problème, on peut parler à des éducateurs, des personnes de confiance. Mais si on dit, nous, à d’autres jeunes qu’on est là pour les aider, ça peut les rassurer. Je suis peut-être plus fragile mais je suis plus à l’écoute. »
Diab Alex, virtuose du diabolo et ex-enfant placé
En compagnie de Michèle Dardant, vice-présidente du Conseil départemental en charge de l’enfance, et d’encadrants, les néo-ambassadeurs ont fait plus ample connaissance grâce à des saynètes de théâtre, avec Bénédicte Aubailly, de la compagnie Va Bene, et à des exercices autour des droits de l’enfant, avec Marie-Line Prodhon, éducatrice spécialisée et auto-entrepreneure. La représentation de Diab Alex, artiste du diabolo, a constitué l’un des moments forts de la journée, balançant entre émotion et virtuosité. Dans le ring où se déroulent habituellement les ventes aux enchères de charolais, seul face aux jeunes assis sur les gradins, Alexandre Henno a raconté son itinéraire en miroir : « J’étais en famille d’accueil. C’était pas drôle. J’étais renfermé, je n’avais pas de copains, et un jour j’ai découvert un diabolo blanc, brillant, qui est devenu Diab, mon ami de famille d’accueil. Avec lui je devenais admirable, je plaisais, et je voulais devenir le meilleur diaboliste du monde. »
Alternant monologue et figures de haut vol, Diab Alex se livre et se lâche, sous les « oh » extasiés et les yeux écarquillés de son public. Un diabolo, puis deux, puis trois dansent follement autour de lui, frôlent sa tête en sifflant, partent jusqu’au haut plafond du ring puis retombent sur le fil : « Pour chacun de nous se cache un Diab. Lui et moi, on est au début d’une belle aventure. »
Après avoir signé des autographes et échangé avec les ambassadeurs, le jeune homme de 27 ans – dont 13 de « vie commune » avec Diab – se confie à mots pudiques : « Le diabolo m’a sorti de la dépression. J’ai eu une vie tellement difficile que cela m’a forcé à m’adapter, à devenir solide comme un roc. On me disait de parler, que ça me ferait du bien, alors je suis allé voir un psychologue mais ça ne me faisait pas de bien ; même quand je parlais, j’avais l’impression d’être seul. Quand j’ai découvert le diabolo, en 4e, et que j’ai vu le très haut niveau qu’on pouvait atteindre, j’ai travaillé comme un fou, je ne comptais pas mes heures. J’avais une vraie fascination. Aujourd’hui, j’avance, je ne regarde pas derrière moi. »
Intermittent du spectacle, Diab Alex a ressenti « beaucoup de joie » à jouer devant le Conseil des ambassadeurs de la protection de l’enfance ce premier spectacle dans lequel il parle. Sans chercher à transmettre une expérience, encore moins un exemple à suivre, tant la vie d’enfant placé en foyer ou en famille d’accueil est à nulle autre pareille. Conclue par une initiation au golf sur le parcours voisin du Golf du Nivernais, cette journée d’intégration a été l’occasion d’établir un premier canevas pour la suite, pour concilier les aspirations à la pair-aidance des plus grands et l’énergie plus volatile des plus jeunes. Des temps de rencontre, sur des demi-journées ou des journées, sont prévus tous les trois mois, sur des sites « patrimoniaux » de la Nièvre, comme l’Hôtel du Département, le circuit de Nevers-Magny-Cours, les infrastructures de l’USON Nevers Rugby ou l’étang de Baye.
.







