Le 1er mai 2025, Fabien Bazin, président du Conseil départemental, a remis à Luc Chevalier le prix Pierre-Bérégovoy, qui récompense un parcours social et professionnel émérite, à l’image de l’ouvrier devenu Premier ministre. À quelques jours de la clôture des candidatures (30 mars) pour le prix 2026, Luc Chevalier raconte sa trajectoire hors normes d’ancien routard et de futur patron d’un camion de réparation de vélos et trottinettes.
Au printemps 2027, Luc Chevalier sillonnera les routes de la Nièvre à bord de son camion de réparation de vélos et trottinettes. « J’ai hâte », confiait-il jeudi matin, à l’Hôtel du Département, impatient aussi d’attendre l’issue de son examen, une Certification de qualification professionnelle Employé technicien vendeur de matériel de sport préparée de septembre à mars à l’AFPA de Dijon.
À 55 ans, le Berruyer d’origine, installé depuis des années dans la Nièvre, déborde d’énergie pour entamer ce nouveau chapitre d’une vie aussi sinueuse et ardue qu’une étape de montagne. Son parcours de hauts et de bas a convaincu, il y a bientôt un an, le jury du prix Pierre-Bérégovoy, impressionné par la force de caractère de celui qui était alors en CDD d’insertion aux Restos du Cœur. « Dans quelques années, j’écrirai un livre sur mon parcours », sourit Luc Chevalier. Lui qui, bac littéraire en poche, rêvait d’être journaliste a en effet accumulé la « matière » d’un récit épique.
Étudiant en prépa Sciences po, serveur dans des bars à Blois, il part sur les routes pendant dix ans, guitare en bandoulière, après un sévère burn-out. « J’ai vécu des choses terribles et merveilleuses », résume-t-il sans s’épancher. La lutte contre le démon de l’alcool est le combat de sa vie, qu’il remporte pour son fils, Geffrey : « Quand il a eu 18 ans, je suis venu dans la Nièvre pour me rapprocher de lui, et j’ai entamé une véritable thérapie. C’est grâce à lui que j’ai arrêté de boire. »
Son fils était là, à ses côtés, le 1er mai 2025, dans les jardins de la préfecture, pour la remise du prix Pierre-Bérégovoy. Épaulé par les Restos du cœur puis conseillé par la Chambre des métiers et de l’artisanat, où il a suivi la formation de créateur d’entreprise, Luc Chevalier pilote avec un mélange d’impatience et de prudence son projet de réparateur itinérant de vélos et de trottinettes. « Dès que j’ai mon diplôme, je vais faire un CDD de réparation de trottinettes », explique-t-il. « J’ai fait quatre périodes d’immersion, pendant ma formation, je veux avoir un an d’expérience avant de me lancer. Je sais très bien où je veux aller. »
En plein essor dans la Nièvre, notamment grâce aux véloroutes du canal latéral à la Loire et du canal du Nivernais, les mobilités douces sont un domaine dans lequel Luc Chevalier entend faire sa place : « Je vais intervenir dans tous les endroits où il y a besoin de réparation et d’entretien, mais aussi travailler avec les clubs, les comités d’entreprise. Il y a des milliers de choses à faire. »
Avec ses 5 000 €, le prix Pierre-Bérégovoy constitue un apport personnel essentiel auprès des banques : « Quand j’ai reçu ce prix, j’ai eu un sentiment de fierté, mais aussi beaucoup d’émotions fortes. Toutes ces félicitations, ce n’était pas évident pour moi. Et c’était la première fois de ma vie que je gagnais 5 000 € d’un coup. Cela m’a fait du bien, parce que je me battais comme un beau diable pour m’en sortir, à cette époque, mais il m’a fallu du temps pour l’accepter. » Créer son entreprise dans la Nièvre est un juste retour des choses pour Luc Chevalier : « Je suis loyal. Le Conseil départemental de la Nièvre m’a récompensé, alors c’est ici que je veux lancer mon entreprise. »










