Deux ans après la fermeture de l’épicerie de Champvert, un groupe d’habitants et la municipalité ont rallumé la lumière du dernier commerce de la commune, en mars 2025, avec l’appui du Conseil départemental et de l’association Bouge ton CoQ. L’épicerie participative, baptisée Épices et Tout, ouvre chaque matin, grâce à l’implication d’une dizaine de bénévoles. Une « belle équipe » qui ne brade ni la qualité ni la confiance aux producteurs locaux, et fourmille d’idées et d’animations pour renforcer le lien social créé autour du commerce.
Un fonctionnement atypique, collégial et citoyen
En mars 2023, le baisser de rideau de l’épicerie champivertine était vécu comme un drame par le maire Daniel Caillot. Quelques mois plus tard, c’est le bar, dernier commerce de la commune, qui jetait à son tour l’éponge. « Je suis arrivé à Champvert en 1976, et à l’époque il n’y avait qu’à descendre dans la rue pour aller dans différents commerces », se souvient l’élu. Boulangerie, boucherie, quincaillerie, épicerie, trois cafés dont deux avec une salle de restauration : le gros village voisin de Decize, traversé par le canal du Nivernais, ne s’imagine pas que sa belle vitalité commerciale va s’éteindre en moins d’un demi-siècle.
Après 2023, annus horribilis, 2024 voit l’espoir se ranimer lors d’une réunion d’information à Villapourçon sur les épiceries participatives. Le concept, naissant dans la Nièvre, est porté par l’association nationale Bouge ton CoQ et le Conseil départemental, signataires d’une convention visant à ouvrir dix épiceries dans des communes qui ont vu disparaître leur dernier commerce. Daniel Caillot se rend à Villapourçon, avec plusieurs habitants. L’idée d’un commerce géré par une association séduit les Champivertins, fait rapidement son chemin. En mars 2025, l’épicerie Épices et Tout rouvre ses portes, en plein cœur du village, portée par une association au fonctionnement atypique, une « collégiale » dont les membres se partagent les activités et les responsabilités sans se rehausser de titres de président, secrétaire ou trésorier.
Et ça marche. Jeudi 15 janvier, pour la signature de la convention entre la collégiale, la municipalité, le Département et Bouge ton CoQ, l’épicerie habituellement ouverte chaque matin, de 8 à 10 heures, et le mercredi de 17 à 19 heures, a rouvert ses portes en début d’après-midi pour accueillir Jean-Paul Fallet, conseiller départemental délégué à l’économie sociale et solidaire, Justine Guyot et Frédéric Roy, conseillers départementaux du canton, Clara Durand, responsable territoriale de Bouge ton CoQ pour la Bourgogne-Franche-Comté, Daniel Caillot, et les services concernés du Département.
Julien Dellière et Christine Lambert, membres de la collégiale, ont retracé la genèse et présenté l’activité d’une épicerie qui carbure (bien) à l’énergie bénévole : « On est environ une dizaine de membres à consacrer chacun dix heures par semaine à Épices et Tout. Il nous a fallu un an pour faire aboutir le projet ; ce n’était pas évident, aucun de nous n’avait géré une épicerie. Les gens commençaient d’ailleurs à se demander si on allait ouvrir. On a trouvé le rythme pour s’organiser, et on a eu le confort d’avoir un local mis à disposition par la commune, entièrement refait. C’était de bonnes conditions pour se lancer. »
« Chacun donne du temps s’il le peut »
Clef de voûte de la philosophie participative, l’engagement des adhérents-clients à donner au moins deux heures de leur temps chaque mois pour faire tourner l’épicerie a été abandonné par la collégiale : « C’était un frein pour la plupart des gens, alors on a préféré lâcher sur ce point lors de notre dernière assemblée générale. Chacun donne du temps s’il le peut. » Avec une trentaine d’adhérents, Épices et Tout a déjà trouvé un volume intéressant, grâce au dépôt de pain et aux rayons garnis par huit producteurs locaux miel, légumineuses, pain, bières, fromages, etc.) et un grossiste : « On mise sur la qualité, l’envie de bien manger. » Les membres, qui ne se connaissaient pas avant le début de l’aventure, ont noué des liens précieux qu’ils veulent faire rayonner sur le village : « On est une belle équipe, c’est chouette, on se marre bien. On espèce qu’on va toucher encore plus de monde. »
Des animations étoffent le quotidien : des jeux chaque mardi soir, un « Troc plants en mai dernier, dont le succès assure une repousse en mai prochain, et une Fête de la soupe, vendredi 23 janvier à 19 heures, dans la salle des écoles : « Il y aura des soupes, et de la danse. » Une petite restauration est également prévue sur place. L’organisation d’un spectacle du duo À Table est en bonne voie, et d’autres événements sont dans les têtes de la collégiale, comme l’échange de savoirs ou la projection de films. Les partages d’expériences avec les deux autres épiceries participatives actuellement ouvertes dans la Nièvre, à Urzy et Marigny-l’Église, et la participation aux rencontres nationales de Bouge ton CoQ devraient alimenter l’inspiration.
« La fermeture du dernier commerce laisse toujours un grand vide dans une commune, c’est une part de la vie locale et du lien social qui s’éteint », a rappelé Jean-Paul Fallet. « C’est ce qui a incité le Conseil départemental à agir. Nous sommes convaincus que les Nivernais sont les premiers acteurs de la vitalité de leur territoire. C’est pour cela que nous nous sommes rapprochés de Bouge ton CoQ pour créer dix épiceries participatives. L’engagement citoyen est moteur pour redonner du lien et proposer de nouveaux services, et la municipalité a toujours un rôle essentiel dans la réussite d’un tel projet. »
Intéressés par la Fête de la soupe ? Contactez Épices et Tout au 06 27 24 20 84 ou sur epicesettout@proton.me













