Depuis novembre 2025, Mathis Da Cruz, 29 ans, est éducateur spécialisé du Conseil départemental. Il travaille auprès d’un groupe de huit adolescentes arrivées en placement d’urgence à la Maison départementale de l’enfance et de la famille (MADEF). Un quotidien sans routine, intense, où la confrontation à ce que l’humain peut infliger de pire à des enfants exige un mental d’acier et attise le besoin « d’apprécier la bonté ».
La famille, les amis, la salle de sports. Il faut plusieurs soupapes pour que Mathis Da Cruz « arrive à couper » après ses journées de travail à la Maison départementale de l’enfance et de la famille (MADEF). De 6 h 30 à 14 h 30 ou de 14 h à 22 h 30, semaine et week-end inclus, le jeune Nivernais est aux côtés d’un groupe de huit adolescentes de 15 à 17 ans, « placées pour différentes raisons », aux profils multiples, scolarisées ou décrochées, mais qui ont toutes en commun d’avoir été abîmées par la vie – et les adultes, surtout : « Il y a dans les dossiers des choses tellement impensables, atroces. C’est dur à entendre. Il faut qu’on soit présent tout le temps pour qu’elles ne soient pas violentes envers elles-mêmes, envers les autres. Cela passe par beaucoup de dialogue. Ce sont des adolescentes avec de grosses problématiques, il faut mettre en place un cadre, des repères qu’elles n’ont jamais eus. Tout repose sur le dialogue. »
« On n’est pas des sauveurs, et il faut vite l’accepter. Sinon, on se rend malade. »
Fils d’éducateurs spécialisés, Mathis Da Cruz s’est cherché pendant ses études, d’école d’infirmiers en fac d’anglais, de service civique en petits boulots, avant de trouver sa voie. Être « éduc spé », à son tour, « quelque chose de vibrant, qui donne envie de se lever le matin ». Revenu dans la Nièvre en 2025, pour se rapprocher de sa famille, le jeune homme parle de son métier avec passion et recul : « Je me sens utile. Cela demande un investissement psychologique très fort, il faut avoir des appuis solides, mentalement. Ce que je trouve le plus usant, ce n’est pas les moments de crise ou les violences, c’est la limite de ce qu’on peut faire, de notre travail. On n’est pas des sauveurs, et il faut vite l’accepter. Sinon, on se rend malade. »
Le salut passe par les soupapes, et par le travail en équipe : « On est six éducateurs, plus une maîtresse de maison, à se relayer auprès de ce groupe. On a confiance entre nous, c’est essentiel. Ce serait impossible de faire ce travail tout seul. Pas une journée ne se ressemble, c’est ce que j’adore. Les moments tranquilles ou plus usants sont imprévisibles, il n’y a pas de routine. Il y a des petites victoires, aussi, et heureusement. La protection de l’enfance, c’est très différent des autres publics, le handicap, les mineurs non accompagnés, etc. Il y a un mal-être qui est très dur à recevoir. On côtoie le pire de ce que l’être humain peut faire, ça pousse à se raccrocher encore plus à ce qu’il y a de mieux, à apprécier la bonté, quand on la voit. »











