La salle François-Mitterrand, cœur battant de l’Hôtel du Département à Nevers, a été le théâtre d’une première, lundi 12 octobre : une thèse de médecine soutenue en public, et dans la Nièvre, par Sylvain Vereycken–Lazou, fervent défenseur de la médecine en ruralité. Boursier du Département, prochainement installé dans le Morvan, le trentenaire a bouclé son marathon d’études, débuté en 2011, par un oral impeccable et chargé d’émotions, sous l’œil de ses proches, de ses amis, de professionnels de santé et d’élus de toute la Nièvre (1). Le voilà désormais docteur en médecine, auréolé d’une mention très honorable avec les félicitations du jury.
Et soudain tout le monde se lève dans un silence vibrant d’intensité, comme un cercle de chaleur, tandis que Sylvain Vereycken–Lazou s’avance au milieu de la salle François-Mitterrand, main droite levée à hauteur d’épaule pour prêter le serment d’Hippocrate : « Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. » Quelques frissons dans la voix ferme, les yeux brillants, les joues légèrement rosies. On n’est pas tous les jours docteur en médecine, reçu avec mention honorable et les félicitations du jury. « Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque. »
L’écho des derniers mots se perd dans un tonnerre d’applaudissements, juste conclusion d’une première dans la Nièvre : la soutenance d’une thèse de médecine, enchâssée dans le cadre solennel de la salle François-Mitterrand, théâtre des sessions du Conseil départemental, à l’initiative de Fabien Bazin, président du Conseil départemental, et du professeur Marc Maynadié, doyen de l’Unité de formation et de recherche (UFR) des sciences de santé de Dijon. Presque une évidence pour Sylvain Vereycken–Lazou, chantre, avocat et acteur de l’exercice de la médecine dans une ruralité dont il est issu et qu’il a choisie pour cadre professionnel.
Bénéficiaire de la bourse d’études du Conseil départemental, le jeune homme accrochera sa plaque, dans quelques semaines, dans une commune du Morvan nivernais. Le début d’une nouvelle aventure, et la conclusion d’un parcours d’études débuté en 2011, et entrecoupé de hors-piste associatif (au Cornemuse d’Arleuf, notamment) pour se frotter la cervelle à d’autres sujets que celui, incroyablement exigeant, de l’apprentissage de la médecine.


« La santé en ruralité ne peut se limiter à une question de ressources humaines »
Consacrée à la « Caractérisation du renouvellement médical rural en Bourgogne-Franche-Comté », sa thèse est empreinte de sa trajectoire personnelle, sans être autobiographique. La collecte des témoignages de 13 médecins installés en ruralité depuis moins de 7 ans forme néanmoins le portrait robot d’un médecin de campagne qui ressemble fort à Sylvain Vereycken—Lazou : l’usure des études, un rejet du système hospitalier, l’envie d’autonomie, la quête de sens, l’aspiration à « une pratique favorisant la créativité (…), davantage d’équilibre de vie personnelle et une remplaçabilité en contrepoint du modèle antérieur de « disponibilité permanente » » – celle du médecin à l’ancienne, joignable jour et nuit, du lundi au dimanche.
À la lisière de la sociologie, la thèse aborde sans fard l’autre versant de l’installation, celui des collectivités locales, que Sylvain Vereycken–Lazou a sondées au fil de ses entretiens avec 18 « informateurs clés », des élus et des techniciens. De son analyse ressortent des « zones de tension » entre des décideurs confrontés à la désertification médicale et à ses effets sur la population, et de jeunes médecins – ou étudiants en fin de cursus – animés par d’autres préoccupations. « La prise en compte de la temporalité de l’aide à l’installation semble être une piste d’amélioration majeure afin de faciliter la connexion du praticien au territoire », écrit-il en conclusion. « Par la formulation de recommandations (2), cette étude ouvre des perspectives pour repenser l’attractivité des zones rurales, non seulement comme un enjeu de dotation médicale, mais comme un projet sociétal plus global. La santé en ruralité ne peut se limiter à une question de ressources humaines et s’inscrit dans une dynamique territoriale, porteuse de sens pour les professionnels comme pour les populations. »
Le jury, présidé par le professeur Jean-Pierre Quenot, était composé du Dr Thomas Maldiney, du Dr Cécile Lumière, du Dr Nacéra Ounnas-Verspieren et de Christian Paul, maire de Lormes et pérsident du Pays Nivernais-Morvan.
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